Appel à communications

Génie et genèse de la poésie anglaise à l’époque moderne : Poèmes en circulation

Paris, 11-12 mai 2017

Université Paris Ouest Nanterre, Université Paris 13

Ce double colloque, dont le premier volet a lieu à Strasbourg (19-21 mai 2016) et le second à Paris (11-12 mai 2017), étudie l’évolution de la poésie anglaise à l’époque moderne. Il traite de questions formelles et génériques, mais aussi de la matérialité des poèmes en tant qu’objets, de leurs différents modes de circulation au-delà des frontières par le biais de la traduction et des échanges diplomatiques.

 Le colloque de 2016 à Strasbourg (« Le triomphe du sonnet » – Programme) s’est intéressé à la plasticité du sonnet, forme importée en Angleterre depuis l’Italie (via la France) à la Renaissance. Le colloque de 2017 à Paris (« Poèmes en circulation ») continuera d’explorer ces questions dans l’Angleterre de la première modernité tout en élargissant la réflexion à d’autres formes appartenant au genre de la poésie lyrique, comme l’ode, l’élégie, le madrigal, ou encore la chanson. Il abordera aussi les liens entre la poésie anglaise et les autres littératures des Îles britanniques (écossaise, galloise, irlandaise) et les échanges transatlantiques avec les colonies américaines, ainsi que les rapports avec les pays en dehors de l’Europe (et leurs cultures et langues respectives).

On envisagera les poèmes lyriques comme des particules détachables, dans la mesure où ils apparaissent dans des « séquences » ou des recueils ou bien isolément, mais aussi parce qu’ils peuvent s’insérer dans d’autres types de discours, poétiques ou non – et parfois même techniques. Ils jouent également un rôle important dans les transactions ambassadoriales, qu’ils accompagnent les cadeaux échangés ou qu’ils soient eux-mêmes offerts en cadeau.

Dans l’Europe de la première modernité, et en particulier en Angleterre, le rôle de la traduction (à partir des langues de l’Antiquité classique, mais aussi entre les différents vernaculaires) dans la transmission des textes poétiques est crucial. Dans ce processus, la tendance à sélectionner et à réorganiser les poèmes contribue à produire des combinaisons inédites, d’où peuvent naître de nouveaux effets de sens, et à créer de nouveaux recueils dans la langue cible.

On sera particulièrement attentif à la dimension matérielle de ces poèmes, qu’ils circulent au sein d’ouvrages imprimés ou sous forme de manuscrits (reliés ou non), de manière ouverte ou sous le manteau. Les matériaux utilisés (le type de papier et d’encre, leur qualité, la reliure, la taille des feuilles et le format), l’ordre de présentation et la mise en page choisis (pour les recueils et autres mélanges) participent en effet du statut du texte transmis.

La valeur de ces éléments poétiques détachables sera au cœur des réflexions. Les voit-on comme des marchandises, des biens de consommation comme les autres ? Comment en fait-on la promotion, comment les vend-on, dans un système qui repose principalement sur le mécénat ? Y a-t-il à l’époque moderne un marché pour la poésie, et quelle sorte de « capital » (culturel, politique et/ou financier) y est associée ?

 On pourra s’intéresser, entre autres, aux points suivants :

  • La poésie de circonstance
  • Les poèmes de dédicace et de louange
  • La circulation sous le manteau
  • Le poème en tant que cadeau
  • Le rôle des éditeurs et des mécènes dans la circulation des poèmes
  • Le statut de la traduction de poèmes lyriques dans la carrière poétique
  • La traduction de poèmes lyrique face à celle d’autres genres poétiques, telle l’épopée ; la traduction de poésie latine et grecque face à celle de la poésie vernaculaire
  • Traduction directe ou indirecte ; questions de sélection, d’altérations de forme et format
  • Comment faire la promotion d’une traduction ; statut et originalité de l’œuvre traduite (cas de pseudo-originaux, de pseudo-traductions)

 Les communications dureront environ 25 mn et se tiendront en français et en anglais. Les propositions (250-300 mots), accompagnées d’une courte note biographique (100 mots), sont à envoyer à Anne-Valérie Dulac, Sabrina Juillet-Garzon, Laetitia Sansonetti et Rémi Vuillemin à l’adresse suivante : TEOFEP@yahoo.com, pour le 20 septembre 2016.

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/teofep

 

 

Rappel : texte de cadrage pour le colloque de mai 2016

Génie et genèse de la poésie anglaise à l’époque moderne : Le Triomphe du sonnet ?

Université de Strasbourg, 19-21 mai 2016

Le premier volet (Strasbourg, 19-21 mai 2016) portera sur la poésie lyrique des XVIe et XVIIe siècles, et plus particulièrement sur la prévalence (réelle ou supposée) du sonnet à l’époque. Les communications aborderont la poésie anglaise ainsi que ses sources classiques et modernes telles qu’elles furent reçues dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles.

Le sonnet, poème de cour, fut introduit en Angleterre puis adapté à la langue anglaise par Sir Thomas Wyatt et Henry Howard, Comte de Surrey. Les grandes anthologies poétiques, qui fleurirent au cours de la deuxième moitié du XVIe siècle, permirent une diffusion de la forme bien au-delà de la grande aristocratie. Le sonnet connut son apogée dans les années 1590, puis déclina dès la décennie suivante. Il perdura cependant assez tard au XVIIe siècle, chez des poètes aussi importants que George Herbert ou John Milton. La perspective téléologique selon laquelle la poésie écrite des années 1530 aux années 1570 n’aurait d’intérêt que comme préfiguration de l’Âge d’Or élisabéthain a cependant été remise en cause par des études récentes ; de même, il semble nécessaire de nuancer l’idée selon laquelle le tournant du siècle fut marqué par une révolution poétique afin d’analyser les problèmes d’identité, de transmission, de filiations et d’affiliations poétiques dans toute leur complexité.

La persistance de la forme sonnet a pour contrepartie un certain flou lié à son inscription générique incertaine, et au peu de définitions précises qu’elle reçoit dans l’Angleterre du XVIe siècle. Le poète George Gascoigne rappelle à son lecteur que l’étymologie du terme renvoie aux chansons et à la musique ; il recouvre ainsi une autre catégorie difficile à définir, le genre lyrique : « Certains pensent que tous les poèmes courts peuvent être appelés sonnets, puisqu’il s’agit d’un terme diminutif dérivé de ‘suonare’. » Mais Gascoigne préfère adopter une définition plus étroite, fondée sur la forme du poème : « mais je ne peux vraiment appeler sonnets que ceux qui font quatorze vers, chaque vers comprenant dix syllabes. Les douze premiers riment par strophes de quatre vers en rimes croisées, et les deux derniers, en rimes plates, concluent le tout » (George Gascoigne, Certain Notes of Instruction Concerning the Making of Verse or Rhyme in English, 1575, notre traduction). Les problèmes posés par la définition du sonnet s’inscrivent en Angleterre dans un débat plus large sur la nature du poème : est-ce le rythme, le décompte syllabique, ou bien encore les rimes qui permettent de le caractériser ?

Ces questionnements font écho aux pratiques poétiques de l’époque, qui tendent à échapper aux tentatives de codification. Qu’en est-il alors du développement de la théorie poétique en Angleterre ? L’adoption de nouvelles formes poétiques comme le sonnet a-t-elle été conditionnée pat une théorie explicite ou implicite ? Les tentatives de codification sont-elles inspirées de traités provenant du Continent, ou uniquement de la poésie ? Les revendications d’anglicité, quand elles sont formulées dans un poème italianisant comme le sonnet,  soulignent paradoxalement le rôle central de l’imitation. Dans la dernière version de son recueil de sonnets intitulé Idea (1619), Michael Drayton définit l’anglicité de sa muse par la rapidité avec laquelle elle passe d’une mode à l’autre : « My Muse is rightly of the English straine, / that cannot long one Fashion entertaine ». Le changement de modèles (antiques ou issus de la littérature européenne moderne), le passage d’une « mode » à l’autre, peuvent permettre de mieux comprendre les conditions de la naissance et du développement du sonnet anglais.

La réception et la théorisation du sonnet en Italie comme son adaptation à la langue française aux XVIe et XVIIe siècles seront au centre de nos interrogations. Les poètes italiens et français dont s’inspirèrent les sonnettistes anglais (par exemple Pétrarque, mais aussi Serafino Aquilano puis plus tard Tebaldeo et Tasso pour les italiens, Scève, Ronsard, Du Bellay mais aussi et peut-être surtout Desportes pour les français) furent lus et compris de diverses manières au cours des XVIe et XVIIe siècles. La réception du quatorzain en Europe continentale à une période-clé de l’histoire du sonnet anglais (des années 1530 à l’apogée des années 1590, sans oublier le relatif déclin de la forme au XVIIe siècle) ne peut qu’éclairer la manière dont les Anglais construisirent leur propre tradition.

La circulation des poèmes, sous forme de manuscrits ou d’imprimés, des discours métapoétiques (avec la publication de traités poétiques majeurs), et plus généralement des modèles poétiques est un aspect essentiel de la question. L’importance grandissante de la circulation imprimée des textes littéraires concerna au premier chef le poème lyrique, vu aujourd’hui comme la forme privilégiée d’expression de l’intériorité et de la subjectivité. Des sentiments intimes comme l’amour furent rendus publics par l’entremise d’anthologies, de mélanges poétiques et de recueils de sonnets toujours plus populaires. Le poème lyrique, devenu omniprésent, joua un rôle central dans la construction d’un canon national.

On pourra s’intéresser, entre autres aux points suivants :

  • l’évolution du poème lyrique, de ses thèmes et de ses formes du XVIe au XVIIe siècle (et notamment la relation entre poésie amoureuse et poésie spirituelle)
  • les liens entre évolutions théoriques et changement des pratiques
  • les anthologies, recueils et mélanges poétiques (construction, composition, signification historique et sociale)
  • la production matérielle, la diffusion, la performance et/ou la lecture des poèmes lyriques, histoire du livre
  • la réception des modèles poétiques italiens et français des sonnettistes anglais en Europe continentale aux XVIe et XVIIe siècles
  • la place des formes lyriques dans le canon et dans la tradition critique
  • la place des sonnets italiens, français et anglais des XVIe et XVIIe siècles dans le canon et dans la tradition critique
  • les questions liées à l’édition des recueils de sonnets de l’époque moderne au XXIe siècle.

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